↑
Fiche pratique · Voies d'exécution

J'ai reçu un acte de commissaire de justice : que faire, et dans quel délai ?

En bref

Presque tout acte de commissaire de justice fait courir un délai, à compter de sa date, même si vous ne l'avez pas retiré à l'étude : huit jours, quinze jours, un mois selon l'acte. Identifiez son intitulé, notez sa date et faites-vous conseiller avant l'échéance : passé ce cap, vous pouvez perdre un recours, l'effet suspensif d'une contestation ou la possibilité de payer avant la saisie.

Acte de signification d'un commissaire de justice posé sur un bureau, à côté d'un sablier et d'un calendrier

Un vrai acte, ou une simple lettre ?

Depuis le 1er juillet 2022, les huissiers de justice et les commissaires-priseurs judiciaires forment une seule profession : le commissaire de justice. Officier public et ministériel, il a seul qualité pour signifier les actes et ramener à exécution les décisions de justice et les titres exécutoires (ordonnance n° 2016-728, art. 1er). Depuis le 1er juillet 2026, la période transitoire est close : les professionnels qui n'ont pas suivi la formation spécifique ont cessé d'exercer (art. 25, V).

Un acte signifié par un commissaire de justice n'a rien à voir avec une lettre de relance. Il porte un intitulé précis, une date, l'identité de celui qui agit contre vous et, le plus souvent, un délai pour réagir. Une lettre de recouvrement amiable, même envoyée par un commissaire de justice ou une société de recouvrement, n'est pas un acte d'exécution : sans titre exécutoire, personne ne peut faire vendre vos biens ni se faire payer sur vos comptes ; seule une mesure conservatoire, en principe autorisée par un juge, peut les bloquer à titre provisoire (CPCE, art. L. 511-1). Les frais de ce recouvrement amiable restent à la charge du créancier, toute clause contraire étant réputée non écrite, sauf décision du juge de l'exécution contre un débiteur de mauvaise foi (CPCE, art. L. 111-8).

Vérifier que le commissaire de justice existe

Cherchez son nom dans l'annuaire officiel de la Chambre nationale des commissaires de justice, puis appelez l'étude au numéro trouvé dans l'annuaire, jamais à celui qui figure sur un courrier dont vous doutez. Un document récent signé « huissier de justice » doit attirer votre attention, sans être forcément nul : les codes emploient encore ce mot. Vérifiez alors que son auteur figure dans l'annuaire officiel.

Anatomie d'un acte de commissaire de justice Schéma d'un acte signifié avec six repères numérotés : l'en-tête du commissaire de justice, l'intitulé de l'acte, la date, le requérant, le titre exécutoire visé et les modalités de remise, et enfin le délai et le juge mentionnés en fin d'acte. COMMISSAIRE DE JUSTICE COMMANDEMENT DE PAYER AUX FINS DE SAISIE-VENTE 1 2 3 4 5 6 7
  1. L'en-tête. Nom et adresse du commissaire de justice et de son étude : à vérifier dans l'annuaire officiel.
  2. L'intitulé. Commandement, signification, dénonciation, assignation : c'est lui qui détermine le délai.
  3. La date. Point de départ du délai, même si vous n'avez pas retiré l'acte à l'étude.
  4. Le requérant. Qui agit contre vous : créancier, banque, fonds de titrisation, bailleur, syndicat.
  5. Le titre et les sommes. Jugement, ordonnance ou acte notarié visé, et décompte en principal, frais et intérêts.
  6. La remise. À personne, à domicile, à l'étude, ou procès-verbal de recherches infructueuses.
  7. Le délai et le juge. Mentionnés en caractères très apparents, avec les modalités du recours.
Schéma de principe d'un commandement de payer. Chaque acte a ses mentions propres, dont certaines sont prescrites à peine de nullité.

La date qui compte : celle de l'acte, pas celle du retrait

Le commissaire de justice doit d'abord chercher à vous remettre l'acte en main propre (CPC, art. 654). À défaut, il peut le remettre à une personne présente à votre domicile qui l'accepte et décline son identité (art. 655). Si personne ne peut ou ne veut le recevoir mais qu'il vérifie que vous habitez bien là, il laisse un avis de passage vous invitant à retirer la copie à l'étude, où elle est conservée trois mois (art. 656). Il vous adresse aussi, au plus tard le premier jour ouvrable, une lettre simple avec une copie de l'acte de signification (art. 658). Si vous êtes introuvable, il dresse un procès-verbal de recherches infructueuses (art. 659).

La règle décisive est la suivante : la date de la signification est celle du jour où le commissaire de justice est passé, ou celle du procès-verbal de recherches (art. 664-1). Le délai court donc même si vous n'êtes jamais allé chercher l'acte.

Un acte irrégulier n'est pas nul d'office

Les règles de remise des articles 654 à 659 et la mention des voies de recours de l'article 680 sont prescrites à peine de nullité (CPC, art. 693). Mais la nullité pour vice de forme suppose de prouver le préjudice que l'irrégularité vous a causé (art. 114). Ne comptez pas sur une erreur de forme pour laisser passer le délai.

Un jugement signifié sans mention du recours

L'acte qui signifie un jugement doit indiquer de manière très apparente le délai et les modalités de l'appel, de l'opposition ou du pourvoi (CPC, art. 680). S'il omet la voie de recours ouverte, son délai ou ses modalités, ou les indique de façon erronée, le délai de recours ne court pas (Cass. 2e civ., 3 déc. 2015, n° 14-24.909, publié).

Compter son délai sans se tromper

Ces règles générales de la procédure civile s'appliquent à la plupart des actes (CPC, art. 640 à 643).

  1. Délai en joursLe jour de l'acte ne compte pas : on commence le lendemain (art. 641).
  2. Délai en moisIl expire le jour du mois qui porte le même quantième : acte du 17 octobre, délai d'un mois, échéance le 17 novembre. À défaut de quantième identique, le dernier jour du mois.
  3. Week-end et jours fériésLe délai expire le dernier jour à vingt-quatre heures ; s'il tombe un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé, il est prorogé au premier jour ouvrable suivant (art. 642).
  4. Outre-mer, étrangerDevant une juridiction de métropole, les délais de comparution, d'appel, d'opposition et de pourvoi sont augmentés d'un mois outre-mer et de deux mois à l'étranger (art. 643).
Exemple

Une ordonnance de référé signifiée le vendredi 23 octobre 2026

Le délai d'appel est de quinze jours. Le 23 octobre ne compte pas : le délai commence le samedi 24 octobre, et son quinzième jour tombe le samedi 7 novembre 2026. Il est donc prorogé au premier jour ouvrable suivant : le lundi 9 novembre 2026, à vingt-quatre heures. Pour vérifier une date, utilisez le calculateur de délais du cabinet, puis faites-la confirmer par un avocat.

Acte par acte : le délai et le juge

Sélectionnez l'intitulé qui figure en tête de votre acte : l'outil affiche le délai, son point de départ, le juge compétent et le premier réflexe à avoir.

Quel acte avez-vous reçu ?

Outil d'orientation
Délais pour agir après un acte de commissaire de justiceRègles en vigueur au 17 octobre 2026. Délais à calculer selon les règles ci-dessus ; un délai expirant un samedi, un dimanche ou un jour férié est prorogé.
Acte reçuDélaiPoint de départJuge ou destinataireTexte
Signification d'un jugement1 moispour faire appel ; 15 jours en matière gracieuseSignification du jugementCour d'appelCPC, art. 538
Ordonnance de référé15 joursappel, ou opposition si rendue en dernier ressort par défautSignificationCour d'appel (opposition : juge qui a rendu l'ordonnance)CPC, art. 490
Décision du juge de l'exécution15 jourspour faire appelNotificationCour d'appelCPCE, art. R. 121-20
Jugement rendu par défaut1 moispour faire oppositionSignificationJuridiction qui a statuéCPC, art. 538 et 571
Arrêt de cour d'appel2 moispour se pourvoir en cassationSignificationCour de cassationCPC, art. 612
Commandement de payer aux fins de saisie-vente8 jourspour payer avant la saisie des meublesSignification du commandementJuge de l'exécutionCPCE, art. R. 221-1
Procès-verbal de saisie-vente1 moispour vendre vous-même à l'amiable les biens saisisSaisieInformation écrite au commissaire de justiceCPCE, art. L. 221-3 et R. 221-30
Dénonciation de saisie-attribution (compte bancaire)1 moispour contester, par assignation, à peine d'irrecevabilitéDénonciation de la saisieJuge de l'exécutionCPCE, art. R. 211-11
Commandement préalable à la saisie sur salaire1 moispour payer, trouver un accord, ou contester avec effet suspensifSignification du commandementJuge de l'exécution du lieu où vous demeurezCPCE, art. L. 212-4 ; R. 212-1-3
Saisie conservatoire, hypothèque provisoireÀ tout momentpour demander la mainlevéeExécution de la mesureJuge qui a autorisé la mesure ; sans autorisation, juge de l'exécution du domicileCPCE, art. R. 512-1 et R. 512-2
Commandement valant saisie immobilière8 jourspour payer ; contestations au plus tard à l'audience d'orientation, par avocatSignification du commandementJuge de l'exécutionCPCE, art. R. 321-3 ; R. 311-5
Ordonnance d'injonction de payer1 moispour faire opposition (point de départ reporté si l'acte n'est pas remis en main propre)SignificationGreffe de la juridiction qui a rendu l'ordonnanceCPC, art. 1416
Commandement visant la clause résolutoire, bail d'habitation6 semainespour payer avant que la clause ne joueSignification du commandementJuge saisi d'une demande de délaisLoi du 6 juillet 1989, art. 24
Commandement visant la clause résolutoire, bail commercial1 moispour payer avant que la clause ne joueSignification du commandementJuge saisi d'une demande de délaisC. com., art. L. 145-41
Commandement de quitter les lieux (logement)2 moisavant toute expulsion ; pas d'expulsion du 1er novembre au 31 mars, sauf exceptionsSignification du commandementJuge de l'exécution (délais de 1 mois à 1 an)CPCE, art. L. 412-1 ; L. 412-6
Assignation devant le tribunal judiciaire, avocat obligatoire15 jourspour constituer avocatDate de l'assignationTribunal judiciaireCPC, art. 763
Contrainte URSSAF, sécurité sociale ou France Travail15 jourspour former une opposition motivée, avec copie de la contrainteNotification ou significationTribunal compétent du domicileCSS, art. R. 133-3 ; C. trav., art. R. 5426-22

On vous signifie un jugement

La signification d'un jugement fait courir le délai de recours : un mois pour faire appel en matière contentieuse, quinze jours en matière gracieuse (CPC, art. 538). Le délai est de quinze jours pour une ordonnance de référé (art. 490) et pour une décision du juge de l'exécution (CPCE, art. R. 121-20). La décision du juge de l'exécution est en principe notifiée par le greffe, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception : c'est cette lettre qui fait courir le délai, sans attendre un acte de commissaire de justice (CPCE, art. R. 121-15). L'opposition n'est ouverte qu'au défendeur défaillant, et seulement contre un jugement qualifié « rendu par défaut », c'est-à-dire rendu en dernier ressort sans que l'assignation lui ait été remise à personne (CPC, art. 473 et 571) ; elle se forme dans le mois (art. 538). Si le jugement est « réputé contradictoire », seul l'appel est ouvert : lisez la qualification portée sur le jugement. Le pourvoi en cassation se forme dans les deux mois (art. 612).

Faire appel ne suspend pas l'exécution

Pour les procédures engagées depuis le 1er janvier 2020, les décisions de première instance sont exécutoires de droit à titre provisoire, sauf texte ou décision contraire (CPC, art. 514). L'appel n'arrête donc pas, en principe, les saisies. Le premier président de la cour d'appel peut arrêter l'exécution provisoire s'il existe un moyen sérieux d'annulation ou de réformation et que l'exécution risque d'entraîner des conséquences manifestement excessives (art. 514-3). Si vous avez comparu en première instance sans rien dire de l'exécution provisoire, ces conséquences doivent en outre s'être révélées après le jugement.

Le jugement par défaut non signifié à temps

Un jugement rendu par défaut, ou réputé contradictoire au seul motif qu'il est susceptible d'appel, est non avenu s'il n'a pas été notifié dans les six mois de sa date (CPC, art. 478). Comparez toujours la date du jugement et celle de l'acte.

Commandement, compte bloqué, saisie sur salaire

Le commandement aux fins de saisie-vente

Il vous laisse huit jours pour payer, faute de quoi vos biens meubles peuvent être saisis puis vendus. Il doit mentionner, à peine de nullité, le titre exécutoire et un décompte distinct du principal, des frais et des intérêts, avec leur taux (CPCE, art. R. 221-1). Après la saisie, vous disposez d'un mois pour vendre vous-même les biens à l'amiable, en informant par écrit le commissaire de justice des propositions reçues ; les créanciers ont quinze jours pour se prononcer, leur silence valant acceptation (art. L. 221-3, R. 221-30 et R. 221-31).

Le compte bancaire saisi

La saisie doit vous être dénoncée dans les huit jours, à peine de caducité ; l'acte indique la date à laquelle expire votre délai (CPCE, art. R. 211-3). Vous avez un mois à compter de la dénonciation pour contester par assignation devant le juge de l'exécution, à peine d'irrecevabilité. Le jour même de l'assignation ou au plus tard le premier jour ouvrable suivant, la contestation doit être dénoncée, à peine d'irrecevabilité, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception au commissaire de justice qui a pratiqué la saisie ; la banque est informée par lettre simple ; une copie de l'assignation doit être remise au greffe au plus tard le jour de l'audience, à peine de caducité (art. R. 211-11).

La banque doit vous laisser d'office, sans demande de votre part, un solde bancaire insaisissable, dans la limite du solde créditeur de vos comptes, égal au RSA pour une personne seule, soit 651,69 € depuis le 1er avril 2026 (CPCE, art. L. 162-2 et R. 162-2 ; décret n° 2026-220).

La saisie sur salaire, sans juge depuis le 1er juillet 2025

C'est désormais le commissaire de justice qui engage la saisie des rémunérations, par un commandement de payer qui vous donne un mois pour payer ou parvenir à un accord ; vous pouvez lui écrire pour accepter de tenter un accord, l'absence de courrier valant refus (CPCE, art. R. 212-1-3).

Vous pouvez contester à tout moment devant le juge de l'exécution du lieu où vous demeurez (art. R. 212-1-7). Mais la contestation ne suspend la saisie que si elle est formée par assignation dans le mois de la signification du commandement (art. L. 212-4) et dénoncée au commissaire de justice le jour même ou le premier jour ouvrable suivant, à peine d'irrecevabilité relevée d'office (art. R. 212-1-8). Si le procès-verbal de saisie n'est pas signifié à l'employeur dans les trois mois, le commandement est caduc, sauf accord (art. L. 212-6).

Saisie conservatoire et hypothèque provisoire

Une mesure conservatoire peut être pratiquée sans titre, sur autorisation du juge, par un créancier dont la créance paraît fondée en son principe et qui justifie de circonstances susceptibles d'en menacer le recouvrement (CPCE, art. L. 511-1). Le créancier sans titre doit alors, dans le mois qui suit l'exécution de la mesure, engager une procédure ou accomplir les formalités nécessaires à l'obtention d'un titre exécutoire, à peine de caducité (art. R. 511-7). Vous pouvez en demander la mainlevée à tout moment, et c'est au créancier de prouver que les conditions sont réunies (art. R. 512-1).

Le commandement valant saisie : tout se joue avant l'audience d'orientation

La saisie d'un bien immobilier commence par un commandement de payer valant saisie, qui laisse huit jours pour payer, ou un mois à celui qui a hypothéqué son bien pour la dette d'un tiers. Il rappelle que vous pouvez rechercher vous-même un acquéreur, la vente amiable devant être autorisée par le juge (CPCE, art. R. 321-3). Dans les deux mois de la publication du commandement, le créancier vous assigne à une audience d'orientation devant le juge de l'exécution (art. R. 322-4).

Toutes vos contestations (prescription, nullités, montant de la créance, délais) doivent être formées au plus tard à cette audience, à peine d'irrecevabilité prononcée d'office (art. R. 311-5), par conclusions signées d'un avocat (art. R. 311-6). Seule la demande d'autorisation de vente amiable peut être présentée verbalement, sans avocat (art. R. 322-17).

Le commandement cesse de produire effet si, dans les cinq ans de sa publication, aucun jugement constatant la vente n'a été mentionné en marge (art. R. 321-20).

Le piège de l'audience d'orientation

Le débiteur qui attend l'audience pour « s'expliquer » sans avocat perd l'essentiel de ses moyens. Consultez dès la réception du commandement : c'est à ce stade que se préparent la vente amiable, la contestation de la créance ou la demande de délais.

Fiche pratique n° 18

Contestation de saisie immobilière

Les moyens de défense du débiteur, de l'audience d'orientation à l'adjudication.

Lire la fiche

Un mois pour faire opposition, parfois plus

L'ordonnance portant injonction de payer est rendue sans que vous ayez été entendu. Vous disposez d'un mois à compter de sa signification pour former opposition (CPC, art. 1416), au greffe de la juridiction qui l'a rendue, par déclaration contre récépissé ou par lettre recommandée, en indiquant votre adresse à peine de nullité (art. 1415). Pour les ordonnances rendues depuis le 1er septembre 2026, ce délai d'un mois, comme l'opposition formée dans ce délai, suspend l'exécution (art. 1422).

Si l'ordonnance ne vous a pas été remise en main propre, l'opposition reste recevable jusqu'à l'expiration d'un mois suivant le premier acte qui vous est signifié à personne ou, à défaut, suivant la première mesure d'exécution rendant vos biens indisponibles, par exemple une saisie de compte. C'est souvent une seconde chance.

Nouveau depuis le 1er septembre 2026

L'ordonnance est non avenue si elle n'a pas été signifiée dans les trois mois de sa date. Cette règle, issue du décret n° 2026-96 du 16 février 2026, s'applique aux ordonnances rendues à compter du 1er septembre 2026 (CPC, art. 1411). Le commissaire de justice doit en outre mettre les justificatifs à votre disposition par voie électronique.

Commandement visant la clause résolutoire, commandement de quitter les lieux

Bail d'habitation : six semaines

La clause résolutoire ne produit effet que six semaines après un commandement de payer resté sans effet ; le commandement doit notamment mentionner ce délai et la possibilité de saisir à tout moment le juge pour demander des délais (loi du 6 juillet 1989, art. 24). Le juge peut accorder jusqu'à trois ans, à condition que le locataire soit en mesure de régler sa dette et ait repris le paiement intégral du loyer courant avant l'audience. Pour un bail en cours au 29 juillet 2023, la loi nouvelle ne modifie pas le délai stipulé au contrat, souvent deux mois (Cass., avis, 13 juin 2024, n° 24-70.002).

Bail commercial : un mois

La clause ne joue qu'un mois après un commandement resté infructueux. Depuis le 28 mai 2026, les délais et la suspension de la clause sont subordonnés à la capacité du preneur à régler la dette et à la reprise du versement intégral du loyer courant avant la date de la première audience, pour les demandes introduites depuis cette date (C. com., art. L. 145-41).

Le commandement de quitter les lieux

Pour un logement, l'expulsion ne peut avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois suivant le commandement, sauf réduction ou suppression par le juge, notamment en cas de mauvaise foi ou d'entrée par voie de fait (CPCE, art. L. 412-1). Le juge peut accorder des délais renouvelables lorsque le relogement ne peut se faire dans des conditions normales (art. L. 412-3), d'un mois au moins et d'un an au plus (art. L. 412-4).

Trêve hivernale 2026-2027

Il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027, sauf relogement assuré, et sauf introduction sans droit dans le domicile d'autrui par manœuvres, menaces, voies de fait ou contrainte (CPCE, art. L. 412-6). La trêve suspend l'expulsion ; elle n'efface ni la décision ni la dette.

L'assignation et la contrainte

Devant le tribunal judiciaire, lorsque l'avocat est obligatoire, le défendeur doit constituer avocat dans les quinze jours de l'assignation, ou jusqu'à l'audience si l'assignation a été délivrée quinze jours ou moins avant celle-ci (CPC, art. 763). L'avocat n'est pas obligatoire, notamment devant le juge des contentieux de la protection et, hors matières réservées au tribunal judiciaire, pour les demandes n'excédant pas 10 000 € (art. 761) : la date à retenir est alors celle de l'audience. Le tribunal n'est saisi que si le demandeur remet l'assignation au greffe dans les délais, à peine de caducité (art. 754).

Depuis le 1er octobre 2026 : ne pas laisser passer l'audience

Pour les instances introduites depuis cette date, lorsque l'assignation a été délivrée à personne et que le défendeur ne comparaît pas, le juge peut faire droit à la demande dès lors qu'elle est recevable et n'est contraire ni à l'ordre public, ni à une liberté protégée, ni à un droit fondamental, sauf si le demandeur s'y oppose (CPC, art. 472, issu du décret n° 2026-683). Le Conseil national des barreaux a mandaté son bureau pour contester ce dispositif (CNB, 15 sept. 2026) ; il est en vigueur à la date de mise à jour de cette fiche.

La contrainte : quinze jours

Une contrainte de l'URSSAF, d'un organisme de sécurité sociale ou de France Travail produit, faute d'opposition, les effets d'un jugement. L'opposition se forme dans les quinze jours de la notification ou de la signification, par inscription au secrétariat du tribunal compétent du domicile ou par lettre recommandée avec accusé de réception ; elle doit être motivée et accompagnée d'une copie de la contrainte (CSS, art. R. 133-3 ; C. trav., art. R. 5426-22).

Le jour de la signification ne compte pas : la Cour de cassation l'a rappelé pour une contrainte de France Travail, en visant les articles 641 et 642 du code de procédure civile (Cass. 2e civ., 10 sept. 2026, n° 25-13.749, inédit). Un délai qui expire un samedi, un dimanche ou un jour férié est en outre prorogé au premier jour ouvrable suivant (CPC, art. 642). Pour la sécurité sociale, la décision rendue sur opposition depuis le 1er octobre 2026 se substitue à la contrainte.

Petites créances et factures entre commerçants

La procédure simplifiée de recouvrement des petites créances (5 000 € au plus) ne produit un titre exécutoire que si vous donnez votre accord ; depuis le 25 avril 2026, elle ne vise plus les factures entre commerçants (CPCE, art. L. 125-1 ; R. 125-1). La loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 crée pour ces factures un commandement de payer : le débiteur dispose d'un mois pour payer ou contester, la contestation mettant fin à la procédure (art. L. 126-2). Sa mise en œuvre dépend d'un décret d'application (art. L. 126-6). Si vous recevez un tel commandement pour une facture discutée, contestez par écrit dans le mois.

Le juge de l'exécution, et les délais de grâce

Le juge de l'exécution connaît, de manière exclusive, des difficultés relatives aux titres exécutoires et des contestations nées de l'exécution forcée, même lorsqu'elles portent sur le fond du droit. Il autorise les mesures conservatoires, connaît de la saisie immobilière et des demandes de réparation pour exécution abusive (COJ, art. L. 213-6). Pour le Val-de-Marne, il siège au tribunal judiciaire de Créteil.

Il ne peut ni modifier la décision qui fonde les poursuites, ni en suspendre l'exécution. Mais après la signification du commandement ou de l'acte de saisie, il peut accorder un délai de grâce (CPCE, art. R. 121-1) : report ou échelonnement de la dette dans la limite de deux ans, qui suspend les procédures engagées et arrête les pénalités de retard ; ce délai n'est pas ouvert pour les dettes d'aliments (C. civ., art. 1343-5).

Une réclamation contre un commissaire de justice

Pour un manquement professionnel (tarification abusive, sommes non reversées), une réclamation écrite peut être adressée au président de la chambre régionale dont relève l'étude du commissaire de justice ; pour une étude du Val-de-Marne, celle de la cour d'appel de Paris (Chambre nationale des commissaires de justice). Cette démarche ne remplace jamais la contestation devant le juge de l'exécution, dans les délais.

Exemple illustratif

L'avis de passage resté sur la commode

Le vendredi 23 octobre 2026, un commissaire de justice laisse un avis de passage chez un salarié de Vitry-sur-Seine : son compte a été saisi. Il retire l'acte à l'étude dix jours plus tard, persuadé que son délai commence alors. Erreur : le mois de contestation court depuis le 23 octobre et expire le lundi 23 novembre 2026. Consulté le 2 novembre, son avocat a encore trois semaines pour assigner devant le juge de l'exécution et dénoncer l'assignation dans les formes.

Maître Yann Gré, avocat au Barreau du Val-de-Marne, en robe

Dès réception de l'acte, sécuriser le délai

  • Lire l'acte et dater l'échéance : nature de l'acte, mode de remise, point de départ et date limite exacte.
  • Contrôler le titre et le décompte : prescription, intérêts, frais, qualité du créancier ou du fonds cessionnaire.
  • Vérifier la régularité de l'acte : mentions obligatoires, voies de recours, diligences de signification.
  • Saisir le bon juge dans les formes : assignation devant le juge de l'exécution, dénonciation au commissaire de justice, opposition au greffe.
  • Négocier ou demander des délais : échéancier, mainlevée, vente amiable, délais de grâce.

Acte de commissaire de justice : vos questions

Je n'ai pas retiré l'acte à l'étude : le délai a-t-il commencé ?

Oui. La date de la signification est celle du jour où le commissaire de justice est passé à votre domicile, même si vous n'avez pas retiré la copie à l'étude (CPC, art. 664-1). Retirer l'acte plus tard ne retarde pas le délai.

L'acte est signé « huissier de justice » : est-il valable ?

Depuis le 1er juillet 2022, la profession s'appelle commissaire de justice, et depuis le 1er juillet 2026 la période transitoire est terminée. Un document récent portant l'ancien titre mérite une vérification dans l'annuaire officiel. Il n'est pas forcément nul pour autant, les codes employant encore le mot « huissier de justice » ; mais vérifiez que son auteur figure bien dans l'annuaire.

Mon délai expire un samedi : que se passe-t-il ?

Il est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant, à vingt-quatre heures (CPC, art. 642). Ne jouez pas avec cette règle : agissez plusieurs jours avant l'échéance.

Faire appel arrête-t-il la saisie ?

En principe non. Pour les procédures engagées depuis le 1er janvier 2020, les jugements de première instance sont exécutoires de droit à titre provisoire. L'arrêt de l'exécution provisoire se demande séparément au premier président de la cour d'appel : il faut un moyen sérieux d'annulation ou de réformation et un risque de conséquences manifestement excessives. Si vous avez comparu en première instance sans rien dire de l'exécution provisoire, ces conséquences doivent en outre s'être révélées après le jugement.

Puis-je obtenir des délais de paiement après avoir reçu un commandement ?

Oui. Après la signification du commandement ou de l'acte de saisie, le juge de l'exécution peut accorder un délai de grâce (CPCE, art. R. 121-1), dans la limite de deux ans (C. civ., art. 1343-5), sauf pour une dette d'aliments. Les régimes du bail d'habitation et de l'expulsion obéissent à des règles propres.

Une société de recouvrement menace de saisir mes biens : est-ce possible ?

Pas pour les faire vendre ou se faire payer : il faut un titre exécutoire (jugement, ordonnance d'injonction de payer devenue exécutoire, acte notarié exécutoire). Sans titre, seul un juge peut en principe autoriser une saisie conservatoire, qui bloque les biens sans les attribuer au créancier. Une lettre de relance n'est pas un acte d'exécution, et les frais du recouvrement amiable restent en principe à la charge du créancier. Vérifiez aussi que la dette n'est pas prescrite.

Comment savoir si le commissaire de justice existe vraiment ?

Consultez l'annuaire officiel de la Chambre nationale des commissaires de justice et appelez l'étude au numéro qu'il indique. En cas de doute sur un courrier, ne payez rien par virement à des coordonnées que vous ne pouvez pas vérifier.

Je vis à l'étranger ou outre-mer : ai-je plus de temps ?

Devant une juridiction de métropole, les délais de comparution, d'appel, d'opposition et de pourvoi sont augmentés d'un mois si vous demeurez outre-mer et de deux mois si vous demeurez à l'étranger (CPC, art. 643). Les autres délais, par exemple pour contester une saisie, ne sont pas visés par cette règle.

Textes et décisions cités dans cette fiche

Chaque texte et chaque décision cités ont été contrôlés sur Légifrance, dans leur version en vigueur au 17 octobre 2026 ; les données statistiques et pratiques ont été lues sur les sites officiels cités. Les liens ouvrent la source.

✓ Textes vérifiés sur Légifrance le 17 octobre 2026
Portrait de Maître Yann Gré

Maître Yann Gré

Avocat au Barreau du Val-de-Marne · Créteil

Avocat depuis 2000, Maître Yann Gré a exercé des fonctions ordinales, notamment comme trésorier de l'Ordre et administrateur de la CARPA de l'Est francilien. Il intervient principalement en droit bancaire, en voies d'exécution, en saisie immobilière et en copropriété, devant les juridictions du Val-de-Marne, de Paris et d'Île-de-France.

Fiche rédigée et mise à jour le 17 octobre 2026. Elle donne une information générale et ne remplace pas l'analyse de votre dossier.

Vous venez de recevoir un acte ? Le délai court déjà

Maître Yann Gré vous reçoit à Créteil et intervient devant le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Créteil, dans tout le Val-de-Marne et en Île-de-France. Envoyez une photo lisible de l'acte : la première analyse porte sur la date limite.

Préparez votre premier échange

Réunissez l'acte reçu (toutes les pages, avec l'avis de passage s'il y en a un), le jugement ou le titre visé, vos derniers relevés de compte en cas de saisie, vos échanges avec le créancier ou la société de recouvrement, et tout justificatif de paiement.