Votre crédit a été revendu, souvent en bloc et à prix décoté, à un fonds commun de titrisation ou à une société de rachat de créances qui vous réclame aujourd'hui le paiement. Un principe gouverne tout ce contentieux : la qualité à agir du cessionnaire ne se présume pas. Il doit prouver la réalité de la cession, pièce par pièce. À défaut, sa demande échoue.
Article 1321 du Code civil
« La cession de créance est un contrat par lequel le créancier cédant transmet, à titre onéreux ou gratuit, tout ou partie de sa créance contre le débiteur cédé à un tiers appelé le cessionnaire. »
Article 1321 du Code civil
Le mécanisme est devenu massif : les banques et établissements de crédit cèdent leurs créances douteuses par portefeuilles entiers, parfois plusieurs dizaines de milliers de dossiers en un seul acte, à des fonds communs de titrisation ou à des sociétés financières fréquemment domiciliées à l'étranger. Ces cessionnaires, qui ont acquis les créances à une fraction de leur valeur, en poursuivent ensuite le recouvrement en France, par courriers, par assignations ou par voies d'exécution.
Or celui qui se prétend titulaire de votre dette doit le démontrer. Il lui faut établir que votre créance figure précisément dans le périmètre de la cession : acte de cession complet, annexe identifiant le contrat, concordance des numéros de compte, chaîne des cessions ininterrompue, signatures identifiables. Les juges rejettent les attestations que le cessionnaire s'établit à lui-même, les extraits tronqués et les documents dont le rattachement au contrat n'est pas certain. Sans cette preuve, la demande est irrecevable et les saisies pratiquées peuvent être levées.
Avocat depuis 2000, Maître Yann Gré consacre une part dominante de son activité au contentieux bancaire et aux cessions de créances, du côté des débiteurs cédés. Par un arrêt du 21 mai 2026 obtenu par le cabinet, la Cour d'appel de Paris a ainsi confirmé l'irrecevabilité d'une société luxembourgeoise de rachat de créances incapable de rattacher les pièces produites au crédit litigieux. Le cabinet intervient dans toute la France, au besoin en visioconférence.
Comprendre le mécanisme
Quatre temps rythment ce contentieux. À chacun, le débiteur cédé dispose de droits précis.
La banque cède sa créance au sein d'un portefeuille global. Votre consentement n'est pas requis (art. 1321 C. civ.), mais la cession ne vous est opposable que si elle vous a été notifiée ou si vous en avez pris acte (art. 1324 C. civ.). Tant qu'elle ne vous est pas opposable, vous pouvez notamment opposer au cessionnaire les exceptions nées de vos rapports avec la banque d'origine.
Courriers de relance, mises en demeure, propositions d'échéancier, puis assignation en paiement ou intervention en cours de procédure ; parfois directement une saisie-attribution ou une saisie immobilière. Réflexe essentiel : ne rien payer et ne rien reconnaître avant vérification, car un paiement ou une reconnaissance peut faire revivre une dette prescrite ou forclose.
Devant le juge, le cessionnaire doit produire l'acte de cession et démontrer, de manière certaine et vérifiable, que votre créance en fait partie : annexe ou fichier listant les créances cédées, référence du contrat, numéro de compte concordant, signataires identifiables. Une attestation établie « pour le cédant » par le cessionnaire lui-même, un tampon sans signataire identifié ou un numéro de compte discordant ne prouvent rien.
Si la preuve n'est pas rapportée, la demande du cessionnaire est déclarée irrecevable ou rejetée, et les mesures d'exécution pratiquées peuvent être levées. S'y ajoutent les défenses tirées du crédit lui-même : forclusion, prescription, déchéance du droit aux intérêts, clauses abusives. C'est souvent le cumul de ces moyens qui fait tomber le dossier du poursuivant.
L'arsenal du débiteur cédé
Chaque dossier est passé au crible de l'ensemble de ces moyens, en commençant toujours par la preuve de la cession.
C'est le moyen premier et souvent décisif : production de l'acte de cession intégral et de son annexe, identification précise de la créance (contrat, montant, numéro de compte), concordance de chaque référence avec les documents contractuels signés. Tout maillon manquant ou discordant rompt le rattachement de la créance à la cession, et la qualité à agir du poursuivant s'effondre.
Faute de notification ou de prise d'acte, la cession ne vous est pas opposable (art. 1324 C. civ.). Le débiteur peut par ailleurs opposer au cessionnaire les exceptions inhérentes à la dette (nullité, exception d'inexécution, compensation) et celles nées de ses rapports avec le cédant avant que la cession ne lui devienne opposable. Le cessionnaire n'a jamais plus de droits que le cédant n'en avait.
Lorsque le cessionnaire est un fonds commun de titrisation, dépourvu de personnalité morale, c'est sa société de gestion qui agit, dans un cadre strict fixé par le Code monétaire et financier : la Cour de cassation contrôle notamment l'information du débiteur sur l'entité chargée du recouvrement (Cass. com., 15 juin 2022, n° 20-17.154). L'articulation entre fonds, société de gestion et recouvreur est vérifiée pièce par pièce.
Le cessionnaire doit aussi prouver la créance elle-même : liasse contractuelle complète, FIPEN et preuve de sa remise, fiche de dialogue, justificatif de consultation du FICP, historique de compte. Ces exigences, que les juges mettent d'office dans le débat en matière de crédit à la consommation, conduisent fréquemment à la déchéance du droit aux intérêts, qui réduit drastiquement les sommes dues.
Les portefeuilles cédés regorgent de créances anciennes. La forclusion et la prescription sont vérifiées en premier ; la régularité de la déchéance du terme également, le juge devant écarter, au besoin d'office, les clauses abusives du contrat de prêt (Cass. 1re civ., 22 mars 2023, n° 21-16.476). Une créance éteinte ou non exigible ne peut être recouvrée, quel que soit le cessionnaire.
Si le fonds a fait pratiquer une saisie-attribution ou engagé une saisie immobilière, les mêmes moyens se transportent devant le juge de l'exécution, avec des délais courts. Et lorsque la créance est solide, le cabinet négocie : un cessionnaire qui a acquis la créance à prix décoté accepte souvent un règlement transactionnel très inférieur au montant réclamé.
Jurisprudence
La rigueur probatoire exigée des cessionnaires est constante, des juridictions du fond à la Cour de cassation.
Une société luxembourgeoise de rachat de créances, cessionnaire d'un portefeuille de 23 849 créances, réclamait le solde d'un crédit personnel. L'acte de cession ne mentionnait pas le crédit litigieux, l'attestation produite émanait du cessionnaire lui-même, sans signataire identifiable, et le numéro de compte ne correspondait pas au contrat. La Cour confirme l'irrecevabilité de la demande et condamne la société au titre de l'article 700. Lire le commentaire sur le blog.
La chambre commerciale précise le régime applicable à la société de gestion d'un fonds commun de titrisation qui assure le recouvrement des créances cédées : elle doit en informer chaque débiteur, cette information pouvant résulter de l'assignation elle-même. Ce cadre légal, d'ordre technique, fournit autant de points de contrôle au débiteur cédé. Lire l'arrêt sur Légifrance.
Questions fréquentes
Champ d'intervention
Juge des contentieux de la protection, chambres civiles
Contestation des saisies pratiquées par les fonds
Avec le concours d'un postulant local si nécessaire
Premier rendez-vous et suivi du dossier à distance
Pour aller plus loin
Quand le poursuivant n'est plus le prêteur d'origine : le contrôle de la qualité à agir devant le JEX. Lire l'analyse.
Le fonds qui vous saisit a-t-il seulement le droit d'agir ? Délais, audience d'orientation et moyens de défense du débiteur saisi. Consulter la page.
Compte bancaire bloqué à la demande d'un fonds ou d'une société de recouvrement : le délai de contestation n'est que d'un mois. Consulter la fiche.
Forclusion, déchéance du droit aux intérêts, obligations du prêteur : les défenses propres au crédit d'origine. Consulter la fiche.
Notre engagement
Page mise à jour en juillet 2026. Ces informations sont générales et ne remplacent pas une consultation ; les résultats passés ne préjugent pas de l'issue de chaque dossier, qui dépend de ses circonstances propres.
Prendre contact
Un fonds commun de titrisation ou une société de recouvrement vous réclame le paiement d'un crédit ? Avant de payer quoi que ce soit, faites vérifier la réalité de la cession.
Pour une première analyse rapide, réunissez si possible : les courriers de la société de recouvrement ou du fonds, l'assignation ou les actes de saisie le cas échéant, le contrat de crédit d'origine et ses annexes, les derniers relevés ou décomptes, et tout courrier de la banque annonçant la cession. Ces pièces permettent de vérifier immédiatement si la cession est prouvée, si la dette est prescrite et quelles défenses engager.